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“Pas de musique pour le génocide” :
plus de 400 artistes et labels ne sont plus écoutables en Israël
Thomas Richet
Couper le son pour faire monter la pression. Plus de 400 labels et musiciens ont choisi de bloquer la diffusion, en Israël, de leurs œuvres sur les plateformes de streaming. Parmi les artistes, des noms aussi variés que Massive Attack, Fontaines D.C., Saul Williams, Kneecap, Oklou, Japanese Breakfast ou MJ Lenderman. Le collectif No Music for Genocide (« Pas de musique pour le génocide ») déclare agir « en réponse au génocide à Gaza, au nettoyage ethnique de la Cisjordanie occupée, à l’apartheid en Israël et à la répression politique des efforts pro-palestiniens partout où nous vivons ». Sur un site créé pour l’occasion, l’organisation appelle tout musicien et structure, si petits soient-ils, à les rejoindre : « Chacun d’entre nous peut collectivement pousser nos différentes scènes, communautés et cultures vers une “nouvelle normalité” dans laquelle les efforts pro-palestiniens relèvent du bon sens. » Le manifeste du mouvement note également qu’à la suite de l’invasion de l’Ukraine toutes les majors ont rapidement décidé de ne plus distribuer leur musique en Russie, ou d’y fermer leurs bureaux, et regrette qu’une telle action collective n’ait pas eu lieu en faveur du peuple palestinien. Ce rassemblement d’artistes assure s’inspirer du « boycott culturel réussi » de l’apartheid en Afrique du Sud dans les années 1980, et se veut dans la droite lignée des actions menées à Hollywood, où plus de 8 000 professionnels du cinéma se sont engagés sous la bannière de Film Workers for Palestine. Il fait aussi suite au concert caritatif Together for Palestine, organisé le 17 septembre par le légendaire musicien Brian Eno en faveur de Gaza. À la Wembley Arena de Londres, plus de 12 000 personnes ont assisté à un gigantesque show qui a réuni des musiciens comme Damon Albarn et James Blake et, par vidéo, des stars internationales comme Billie Eilish, Peter Gabriel ou les comédiens Cillian Murphy et Joaquin Phoenix.
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C‘est l’histoire de Khaled, un garçon palestinien de 12 ans qui vit dans un village près de Ramallah et tente de gagner Tel-Aviv pour réaliser son rêve : voir la mer. Pas vraiment le genre de films que Benyamin Netanyahou doit se passer le soir pour se délasser.
N’en déplaise au Premier ministre de l’État hébreu, c’est pourtant bien Hayam (The Sea), drame en langue arabe réalisé par Shai Carmeli Pollak, qui représentera Israël aux Oscars 2026. Ainsi en a décidé l’Académie israélienne du cinéma et de la télévision, qui regroupe près de mille cent cinéastes, producteurs et acteurs votants aux Ophir Awards (l’équivalent de nos César) pour récompenser les meilleures productions nationales et leurs équipes. Après avoir décroché cinq récompenses, dont le prix du meilleur scénario et celui du meilleur acteur pour le jeune Muhammad Gazawi (13 ans), cette coproduction israélo-palestinienne a fini en beauté en décrochant le graal du meilleur film. Soit, comme le veut le protocole en Israël, un ticket automatique pour représenter le pays dans la course à l’Oscar du meilleur film international.
Le droit de “chaque enfant à vivre et rêver en paix”
Après deux ans de guerre, un nombre sidérant de morts civils dans l’enclave palestinienne et le déclenchement, le jour même, d’une offensive terrestre sur la ville de Gaza, la cérémonie s’est tenue mardi 16 septembre sous le signe de la protestation politique. De nombreux lauréats arboraient des tee-shirts noirs frappés de slogans pacifistes ou brandissaient des images des otages israéliens toujours détenus par le Hamas.
« Ce film traite du droit de chaque enfant à vivre et rêver en paix, sans siège, sans peur et sans guerre, a lancé le producteur palestinien de The Sea, Baher Agbariya. C’est un droit fondamental auquel nous ne renoncerons pas. » Le réalisateur israélien Uri Barbash a, quant à lui, critiqué la politique gouvernementale, dénonçant un « État déconnecté de la société israélienne », et appelant à l’unité et à la solidarité entre Juifs et Arabes pour mettre fin à la guerre et ramener les otages.
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Symbole fort à l’heure où une commission d’enquête du conseil des droits de l’homme de l’ONU accuse officiellement Israël de commettre un génocide, le choix de The Sea pour représenter le pays aux Oscars s’est fait parmi une liste de titres tout aussi critiques à l’égard de la politique de Netanyahou dont Oui, la charge grinçante de Nadav Lapid contre la guerre d’Israël dans la bande de Gaza (en salles depuis ce mercredi en France) et Oxygen, de Netalie Braun, qui relate l’histoire d’une mère prête à tout pour éviter à son fils de retourner au front au Liban…
Le ministre de la Culture, Miki Zohar, ne s’y est pas trompé. En représailles, il a annoncé le gel pur et simple du financement de la cérémonie des prix Ophir. En août, il avait déjà déploré, sans l’avoir vu, que The Sea fasse écho « au discours de nos ennemis alors que nos soldats se battent au front ». Dans une déclaration rapportée par le journal Haaretz, il a cette fois dénoncé une « victoire scandaleuse » qui « a suscité l’indignation de nombreux citoyens israéliens et soldats de l’armée israélienne qui consacrent leur vie à défendre leur patrie ». Miki Zohar a également ciblé une cérémonie « embarrassante et déconnectée », avant de rappeler que la réforme du cinéma, qui donne aux citoyens le pouvoir de décider quels films seront financés, constitue une étape clé pour soutenir des productions défendant les intérêts nationaux, plutôt que des films pro-palestiniens.
L’une des institutions visées par le ministre n’est autre que l’Israel Film Fund, qui a notamment contribué à financer Oui, The Sea et Oxygen. De l’autre côté du spectre politique, ce même fonds est également dans le viseur des désormais quatre mille personnalités du monde du spectacle, dont des stars hollywoodiennes telles qu’Emma Stone et Joaquin Phoenix, qui ont appelé, le 8 septembre, au boycott des institutions cinématographiques israéliennes « complices de crimes de guerre » à Gaza. Dans une déclaration publiée après la cérémonie des Ophir, le président de l’Académie israélienne du cinéma et de la télévision, Assaf Amir, a non seulement évoqué les pressions incessantes exercées par le gouvernement israélien sur le secteur culturel (très marqué à gauche) mais aussi ces appels au boycott de la communauté cinématographique internationale. Pour lui, la sélection de The Sea constitue « une réponse retentissante et décisive » aux attaques de tous bords avant d’ajouter : « Je suis fier qu’un film en langue arabe, né de la collaboration entre Israéliens juifs et Palestiniens, ait été choisi pour représenter Israël à la compétition des Oscars. »
Bonne lecture,
ATTAC Mâcon
Un autre monde est possible !
